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Voir en plusieurs dimensions

Dans les fonctions de direction, le champ lexical de la vue occupe une place prépondérante. Nous parlons de « vision stratégique », de « cap », de « perspective », ou encore de « clairvoyance ». Ces termes traduisent une nécessité fondamentale : celle de voir loin, de comprendre l’environnement, et d’anticiper les événements à venir. Cependant, un paradoxe émerge : si nous pouvons être « visionnaires » ou « prévoyants », pourquoi n’entendons-nous jamais parler de managers « prévisionnistes » ? Et surtout, pourquoi le rôle du gestionnaire-pilote, pourtant essentiel, est-il si souvent relégué au rang de fonction support, alors qu’il devrait être reconnu comme le cœur du système ?

Vision : Inspirer et orienter

La vision est souvent perçue comme une qualité rare et précieuse, celle des leaders capables de rêver et de dessiner un avenir désirable. Elle relève de l’intuition et de l’audace. En finance, cela peut se traduire par la capacité à repérer des opportunités d’investissement ou à imaginer des modèles économiques disruptifs. Un visionnaire inspire ses équipes, crée un sens collectif et oriente l’organisation vers un futur ambitieux.

Mais l’ambition doit se réconcilier avec la raison et c’est l’apanage du prévoyant.

Prévoyance : Anticiper pour sécuriser

La prévoyance se distingue de la vision par son pragmatisme. Elle repose sur une évaluation rationnelle des risques et des opportunités, ainsi que sur la mise en place de mesures pour gérer l’incertitude. En gestion financière, cela peut être illustré par le principe de prudence, l’élaboration de scénarios prospectifs dégradés ou l’adoption de mécanismes de couverture contre les fluctuations de marché.

Un manager prévoyant est un équilibriste : il ne se contente pas d’éviter les risques, mais il les gère pour permettre à son organisation de croître sans compromettre sa résilience. La prévoyance, cependant, exige des données fiables et des outils rigoureux d’analyse — le domaine d’excellence du prévisionniste.

Prévision : anticiper et garder le cap

Alors pourquoi ne parle-t-on jamais de managers « prévisionnistes » ? Le terme semble confiné aux domaines scientifiques ou techniques, tels que la météorologie ou l’économie. Pourtant, la prévision est essentielle dans la gestion. Trop souvent cantonnée aux mains des techniciens de la fonction finance, elle est perçue comme un exercice technique et contraignant. Cette perception limite son potentiel à apporter l’éclairage essentiel au pilotage. Un gestionnaire-pilote intègre activement les indicateurs pertinents pour traduire concrètement les objectifs stratégiques et créer de l’alignement au sein de son management.

Conclusion

Pour exceller, le manager financier doit concilier ces trois approches. Une vision sans prévoyance risque de conduire à l’imprudence, tandis qu’une prévoyance dépourvue de vision peut conduire à la stagnation. Quant à la prévision, elle ne devrait pas être perçue comme un simple outil de soutien, mais comme un mécanisme vital pour maintenir le cap et orienter les efforts stratégiques.

Julien TRELHU

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